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Arrachage de vignes (photo: reussir-vigne.com)

Arrachage de vignes (photo: reussir-vigne.com)

Une amie journaliste a récemment rencontré Daniel Fénelon, Président du Collectif des Viticulteurs Inter Appellations à Bordeaux. Lors de la conversation, ce dernier lui annonce que 2200 viticulteurs de Gironde vont devoir déposer le bilan dans les mois qui viennent! Environ 900 d’entre eux vont négocier, comme leur autorise la loi, pour aménager un plan de sauvegarde, mais on sait que plus d’un millier d’entre eux vont tout simplement devoir mettre la clé sous le paillasson.

Pour seules joyeuses perspectives à leur porte, citons l’adjudication pour certains, la vente du domaine pour d’autres ou, pour les plus chanceux, une reconversion du vignoble. Et que penser des conséquences humaines dramatiques pour ces familles en faillite, sur la tête desquelles le système tirera simplement la chasse d’eau?

Mais comment en est-on arrivé là?!?

Depuis environ 5-6 ans, l’image de Bordeaux est très sérieusement écornée auprès de nombre d’amateurs, qui se sont progressivement tournés vers des régions viticoles mettant en valeur “l’authenticité, le terroir ou encore la passion de leurs vignerons-artisans”. Pourtant, en proportion, il ne se produit pas davantage de daubes à Bordeaux qu’ailleurs!

Parmi les 8000 producteurs que compt(ait) la Gironde – bientôt plus que 5800 si l’on en croit les chiffres ci-dessus dont, très malheureusement, je ne doute pas, on a les 100-150 “stars” qui, aujourd’hui, sont assimilés à des produits de luxe inaccessibles au commun des mortels. A l’autre bout du spectre, on a quelques milliers de domaines qui ne cassent pas trois pattes à un canard. Et d’un pur point de vue critique, avouons que si une sélection qualitative devait s’effectuer à ce niveau, ça ne serait pas forcément un mal pour le consommateur!

Restent donc 400 à 500 vignerons girondins, qui travaillent sérieusement, ne prennent pas la grosse tête et qui produisent souvent de (très) beaux produits. Or, ce sont eux qui souffrent le plus de la situation actuelle car, hors du circuit traditionnel du négoce, ils se démerdent comme ils peuvent. Alors qu’ils vivaient relativement bien il y a encore dix ans, les conditions du marché sont devenues hyper compliquées pour eux !

La récente dérive “bling-bling” sur les 150 domaines de luxe, a totalement coupé ces derniers de leur public traditionnel. Et cette course aux paillettes est un véritable fléau pour les vrais vignerons!. Totalement isolés, coincés qu’ils sont entre le marais vaseux des “vins de cuve” immondes à 1.20€/l, lesquels en passant, représentant 80% du chiffre d’affaire de la Grande Distribution (!), et le vaisseau spatial “JetSet-Express” qui s’éloigne à tout allure, sans un regard en arrière, comme une locomotive folle, mais sans wagons à tracter.

De rage, certains vignerons me disent en privé vouloir supprimer le mot “Bordeaux” de leurs étiquettes. Bordeaux.. cette région séculairement prestigieuse, mais dont ils traînent aujourd’hui le nom comme un boulet!

Triste.. triste.. Et tout ça ne donne même pas envie de boire un coup !