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J’ai discuté entre quatre yeux de la situation actuelle avec un négociant de retour de Vinexpo (Hong-Kong). Selon son analyse, il y a trois sortes de clients chinois: ceux qui veulent du 2009 pour les boire lors de dîners professionnels. Car dans certains cercles d’affaires, un 1er GCC est un symbole de réussite, exhibé comme la Rolex au poignet ou la berline allemande anthracite aux vitres fumées. Cette clientèle existe bel et bien, mais que représente-elle réellement en termes de volume durable?
Dans les métropoles chinoises, on commence aujourd’hui à voir des magasins et bars à vins qui ont du succès auprès d’une clientèle locale. Preuve que le grand public urbain chinois commence à s’intéresser aux vins. C’est avec ce second type de clientèle que se situe le véritable terreau de développement durable de la filière export bordelaise. Cependant et malgré des taux de croissance économique frisant les deux chiffres, cette cible potentielle de clientèle est tout aussi consciente que l’amateur européen de la relation Prix/Plaisir. Surtout que la concurrence des vins Italiens, Espagnols, US ou d’Amérique Latine n’ont pas manqué de s’infiltrer sans tarder sur ce marché prometteur.
Le troisième type de client chinois, c’est le spéculateur. Il n’y connait rien et achète d’un click des millions en Grands Crus Classés, comme il le ferait avec des céréales ou des actions. Le spéculateur s’intéresse de près au marché du vin car il estime pouvoir en tirer un profit conséquent. Pour lui, le produit n’a aucune importance, que ce soit de l’immobilier, des métaux précieux, ou n’importe quel actif, pourvu qu’il y ait du fric à se faire, si possible rapidos.
A mon avis, Bordeaux se goure complètement en acceptant de jouer les prostituées de luxe avec ces gens-là. En se compromettant avec ces requins du “business anarchique” aux liens de parenté parfois proche de la pègre, la place de Bordeaux mise sur le court terme, ternit son image et bâtit son avenir sur des sables mouvants. Ces spéculateurs chinois ne reviendront que si les prochains millésimes leur offrent une perspective de plus-value attractive. En attendant, avide de trésorerie rapide qui regarnit des comptes bancaires mis à mal par trois millésimes peu porteurs (2006, 2007 et 2008), Bordeaux se coupe sciemment de sa fidèle clientèle traditionnelle.
Comme le dit Patrick Grisard du Château Cornélie, c’est aux “petits rebelles” de Bordeaux produisant des vins originaux et délicieux, de récupérer des parts de gâteau que les institutionnels bordelais ne veulent plus.. pour le moment!