Suspendez votre cours:
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours!” (Alphonse de Lamartine)
Ces quelques vers intemporels et sublimes pour excuser mon silence sur la rubrique “Primeurs 2009″ de Boottle, le tourbillon de ces dernières journées n’ayant laissé que des poussières de lune entre mes doigts.
Le lundi quasi estival à Pessac laisse la place à un temps détestable le jour suivant. Chute brutale des températures et pluie en bataille, portée par un vent océanique de fort méchante humeur. L’essuie-glace en rythme accéléré, me voici arrivé chez Jean-Luc Thunevin et son team de producteurs qu’il couve comme une vraie mère poule. Ambiance chaleureuse et bon enfant. La grande foule n’est pas encore sur place et les discussions avec les vignerons vont bon train. Idéal pour se mettre dans le bain!
Les Angelots de Gracia me font une excellente mise en bouche et Château Gracia, élégant comme une Yelena Isinbayeva, fixe la barre à des hauteurs déjà vertigineuses! Michel affiche une fierté légitime pour son 2009 qui fait plaisir à voir autant que son vin à boire.
Tiens.. et si je sautais (à la perche) sur la rive opposée? Le rare Château Marojallia, LE vin de garage de Margaux (1.2 ha), extrêmement profond et onctueux, donne un aperçu de ce qui m’attendra le lendemain dans le Médoc. Un peu plus loin, Fleur Cardinale, au fruit pur et à la trame soyeuse me donne envie de tout avaler. Allons.. ce ne serait pas raisonnable à cette heure matinale! Beaucoup de belles choses le long des stands et même Faugères et sa cuvée de luxe “Péby“, dont je ne suis habituellement pas particulièrement fan, me comble de contentement. Tiens, voilà Denis Barraud qui m’accueille avec un grand bonjour chaleureux. Bon sang.. cette Lynsolence me fige littéralement de bonheur. A la table à côté, le médocain Rémy Fauchey sourit dans sa moustache en me présentant sa cuvée éponyme de l’Inclassable (l’ex-Château Lafon).. Excellent vin, fin et volumineux mais sans excès, typiquement le genre de bouteille pour les amateurs recherchant le très bon à prix raisonnable. Déjà presque midi! Je salue en vitesse Jean Guyon et Emmanuel Bonneau, ravis à très juste titre, de leur Château Rollan de By et Haut Condissas avant de rouler sur Pomerol où j’ai rendez-vous au Château Roses Camille, toute petite parcelle d’un hectare jouxtant l’Eglise-Clinet. Depuis 2005, Christophe, la passion chevillée au corps, y produit 2 à 3000 bouteilles d’exception et son 2009 est tout à fait remarquable, à la fois svelte et concentré.
Petit casse-croûte vite fait en sa compagnie à Libourne et me voici déjà en piste vers Angélus. Ambiance plus feutrée avec beaucoup de marchands étrangers (anglais, danois, allemands..), presque tous endimanchés en costume sombre. Quelle drôle d’idée! A côté, mon banquier suisse fait preuve d’une fantaisie vestimentaire affriolante!
Le Plus de Fleur de Boüard est très très bien. Bellevue est fin et précis. Et Angélus? Un vin M O N U M E N T A L.. qui emplit la bouche avec élégance. Mais l’ombre au tableau est sa finale un peu trop chaude à mon goût. Le Directeur technique avoue d’ailleurs qu’il tire à 15°! Ouch.. Napa Valley n’est pas loin! Un très beau Clos la Madeleine, floral et élégant, me remet les idées en place avant que je file à la superbe salle des Dominicains au coeur de Saint-Emilion.
Voici l’endroit le plus méconnu de la Rive Droite où pourtant, on y trouve une diversité de vins remarquable avec plus de 300 crus présentés. Plusieurs échantillons me séduisent tout particulièrement: Château Mangot des frères Karl et Yann Todeschini.. minéral et fin. La Cuvée Todeschini à forte proportion de Cabernet Franc (40%), élaborée en vinification intégrale en barriques ainsi que la Cuvée Quintessence constituée à 100% de vieux Merlot sont “top de chez top”. Je note également les excellents Châteaux Vrai Canon Bouché à Canon-Fronsac, Lafon La Tuilerie (St-Emilion GC), Château Jean Faure (idem), Grandes Murailles (itou), Clos Saint-Martin et Tour du Pin, tous à St-Emilion.
Cette journée marathon se termine à La Grappe de Stéphane Derenoncourt au Château la Gaffelière. Il est déjà presque 17h et je me concentre alors sur une quinzaine de crus. Ce d’autant plus que j’y retrouve quelques connaissances qui me freinent dans ma boulimie dégustatrice. Qualité remarquable.. voire exceptionnelle sur Pavie-Macquin, Larcis-Ducasse, Beauséjour-Duffau et enfin la cuvée “1901″ de Beauséjour à Montagne Saint-Emilion qui me font tous frémir de bonheur!
La nouvelle de l’annulation d’une soirée avec des amis ne m’attriste finalement pas trop et c’est avec plaisir que je retourne au soleil couchant à Bordeaux City sur mon fier destrier (I’m a poor lonesome cowboy..), le sentiment du devoir accompli avec près de 130 vins dégustés en 9 heures! Quelquefois, je m’étonne moi-même!
Comptes-rendus détaillés.. à suivre (un jour..) dans la rubrique “Primeurs 2009″
Signé Boottle-Man
